Machine anamorphique.

 

Je veux voir et dans mon regard qui balaie le quotidien, j’aimerais interpréter les signes. Du moins ceux qui constituent le message. Mais seulement voilà, l’image est un signe qui signifie une chose sans forcément lui ressembler.

Du moins, je me borne aujourd’hui à le croire. Bien sûr, nos images ne doivent pas être considérées comme un simple reflet ou une banale représentation mais bien comme un outil de perception, ce qui légitime la distinction entre la chose telle qu’elle est perçue depuis l’image et la chose telle qu’elle est en dehors d’elle.

 

Je voudrais la partager, si je le pouvais, mais je me rends compte qu’au-delà de ce simple reflet, il y a un outil de perception d’un monde qui s’estompe à la vitesse de la lumière. Pour laisser place parfois à l’obscurité. Et sans lumière, nos images deviennent floues, imprécises, anonymes. Oui l’image est un message qui a son propre code. C’est pour cette raison que l’on s’attarde devant une photographie et qu'on la garde en souvenir. Puisqu’elle dispose de mystérieux secrets, d’imperceptibles battements, d'atones bruissements. 

 

C’est pour ces raisons que l’on ne peut pas décrire une image ou la raconter mais seulement la ressentir. Avec le temps, je mesure mieux la composition de cette alchimie qui fixe sur une éternité glacée nos points numériques. Des valeurs exponentielles qui accumulent des 0 et des 1 afin de donner vie à nos émotions. Existe-t-’il un code cognitif à nos belles images ?  Quelle est la véritable image que nous percevons ? Existe-t’-il un moyen simple pour transmettre une réalité mouvante ? La perception n’est sans doute pas crédible. Il y a trop d’arbitraires dans les déformations que nous impose la loi des perspectives. Et nous ne savons pas toujours les redresser correctement dans nos cadres stricts. Beaucoup d’éléments, dans nos images, renvoient à un code mental qu’il faut maîtriser pour clairement les comprendre. Mais bien décrypter leur composition, dans son ensemble, exige de notre part bien plus qu’un simple coup d’œil qui déchiffre. Il nous faut contempler pour reconstituer l’image encodée. Et la contemplation nécessite du temps et de la patience.

 

Comment pourrais-je conserver durablement mes brèves expositions à la lumière ?  Ces négatifs ? Mes épreuves ?  En conservant ces quelques clichés aimés comme de précieuses reliques ?  En idolâtrant ce sténopé noircissant des fonds blancs pour obtenir une image latente ? 

 

Alors qui sommes-nous nous qui voyons ? Des appareils modifiés au gré de nos utilisateurs ? Ou bien des machines anamorphiques dont le seul but serait de modifier nos  images pour les soustraire de nos réalités ? 

   

                                                                                                                                                     Florian Launette

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