Voyages au centre de la terre avec Frédéric Swierczynski

 

Le 27 août 2016 est à marquer d’une pierre blanche dans la carrière de Frédéric Swierczynski. Ce jour-la même où il descend à - 267 mètres dans les ténèbres de Malaussene. Au coeur de l'insondable grotte du Mescla, petit labyrinthe qui abrite de mystérieuses galeries souterraines, à 40 kilomètres de Nice. Il bat contre toute attente un record mondial en plongée multisiphon et entre dans l’histoire.

Plongeur de l’extrême, il est l’un des cinq spécialistes au monde à effectuer des explorations à grande profondeur en plongée multisiphons. Si d'autres manient avec brio la discipline, Frédéric reste le seul a avoir effectué ce type de plongée avec  trois siphons successifs. Un processus hors normes au niveau des paramètres d’immersion. Explorateur, ancien sportif de haut niveau (deuxième ligne au club de rugby de Bègles), ingénieur et... "magicien". Le parfait cocktail pour effectuer ces périples. Dans son entrepôt situé à proximité du port de l’Estaque, Fredéric prépare ses propres mélanges.

Le spéléonaute, version amphibie du spéléologue, a commencé la plongée sous-marine alors qu’il était âge de 7 ans. Une passion devenue rapidement une vocation. Aujourd’hui, le Marseillais s'inscrit dans la lignée des grands noms. Et manie avec maestria, l'art de se dépasser. Le process est simple, "j’identifie une grotte immergée à explorer et je me donne les moyens pour y arriver", assure-t-il, "seul ou en équipe pour les grandes plongées spéléo". Le Sud-Ouest (bassin d’Arcachon), le Lot et les Pyrénées ont longtemps été son terrain de prédilection. Pour des raisons professionnelles, installé à Marseille, il évolue désormais sur le territoire départemental, en Ardèche et dans l’arrière pays niçois. Sur le littoral, il aime le Bestouan et Port-Miou, joyau du parc national des Calanques où se cachent les fameuses rivières mystérieuses. Ces dernières attirent toute l'attention du père de famille. Mais, en pulvérisant le record, le plongeur bénéficie également d'une dimension internationale, met en lumière sa discipline peu connue et entend jeter son dévolu sur Madagascar, lieu d’exploration de son mentor Francis Leguen. Mais, Frédéric ne s'interdit rien et mise aussi sur l’Australie. Pour cela, il s’appuie sur une équipe soudée. Un brin fédérateur, il aime se retrouver entre amis avant ses exploits. Une grosse exploration demande près d’un an de préparation. Sa force, Frédéric la puise dans des moments d’accalmie, téléphone portable et ordinateur éteints. "Voire, dormir sur un lit de camp à la belle étoile", sourit-il.

"Etre face à l’inconnu", son opium. "On pourrait faire le parallèle avec la navigation en solitaire", précise-t-il, "il y a un sentiment de liberté et d'adrénaline". Frédéric Swierczynski, sourire franc, suit, comme tout sportif un régime alimentaire et un entraînement physique important. Nage et course à pied au rythme de quatre fois par semaine. Puis, des plongées à 100 et 150m toutes les semaines, et une à 200 mètres une fois par mois. S’il a conscience que les contraintes physiologiques pourraient amoindrir ses capacités, l’homme se laisse encore cinq années pour parfaire son parcours. Avec un regard un peu distancié, il entrevoit déjà un avenir dans le consulting. Mais aussi, dans l’expertise car la force du sportif réside dans sa capacité à construire son propre matériel. Il fabrique tous ses mélanges respirables dans son conteneur, à Marseille. Plonger à ces profondeurs implique un ajustement optimal des gaz utilisés. Six types de mélanges se succèdent, allant de l’oxygène pur au trimix (hélium, azote, oxygène) avec des proportions variables de gaz adaptées à chaque profondeur. La technique est précise et minutieuse.

Aujourd’hui, à 43 ans, il décide de repousser ses limites (encore !) et confie à demi-mot son envie de pulvériser un nouveau record. "Il n’y a pas de résultat d’obligation". Frédéric Swierczynski est en route pour plonger avec les protées (même catégorie que les salamandres et tritons) en Croatie. Il y tentera peut-être une nouvelle performance. Mais, d’expérience, cette prouesse se fait au feeling. Voire à l’intuition. Un type hors norme, en somme.

                                                                                                                               Rislène Achour